L’activisme en justice sociale, il sert à quoi ?

Souvent, on me demande pourquoi je fais le travail que je fais. Effectivement, lorsque les médias sont inondés d’images du premier ministre fédéral en train de marcher dans tous les défilés de la fierté du pays et qui pleure de joie lorsqu’il accueille des réfugié.e.s syrien.ne.s, je comprends tout à fait pourquoi les groupes utilisant des tactiques dites « radicales » pour implorer une justice sociale plus égalitaire peuvent sembler trop exigeants. Pourquoi est-ce qu’on le fait encore ; ça sert à quoi de lutter ?
Tout d’abord, contrairement aux idées reçues, tout ne va pas bien dans les communautés marginalisées. Qu’on parle du racisme rampant qui envahit nos sociétés, ou de la cooptation des identités queer et trans pour s’adapter à un programme corporatif, entre autres, il y a encore beaucoup de travail à faire pour assurer une véritable équité pour tou.te.s.

Nous avons besoin de l’activisme en justice sociale pour éduquer les gens. Tout d’abord, le rôle de tout activiste devrait être l’éducation populaire. Il est très bien de boycotter le copropriétaire homophobe d’un bar du Plateau-Mont-Royal qui aurait refusé de servir une personne gaie, mais si personne ne sait pourquoi nous le boycottons, la raison et l’effet de nos actes seront très limités. Il est primordial que nos messages soient diffusés d’une manière réaliste, exact et respectueux des expériences et des styles d’apprentissage des un.e.s et des autres.

Nous avons besoin de l’activisme en justice sociale pour repousser les frontières.  Trop souvent, nous nous permettons de devenir complaisant; de ne plus espérer pour du progrès de l’égalité, et de la justice pour tou.te.s. Plutôt, nous permettons à nos inégalités d’alimenter des conflits qui existent entre nous, alors que nous devrions essayer plutôt combler les fossés qui nous séparent.

Nous avons besoin de l’activisme en justice sociale pour donner une voix aux plus marginalisées de notre société. Pendant que les personnes trans et les personnes qui ne conforment pas à la binarité des genres ont les plus importants taux d’homicide au monde et alors que les personnes LGBTQ+ se font intimidées de manière violente dans nos écoles, causant une montée en flèche des taux de suicide dans nos communautés, nous ne prenons pas d’action. Plutôt, la communauté LGBTQ+ dominante a décidée de mettre l’accent sur la (fausse) égalité en matière de mariage et de glorifier le complexe carcéral industriel en promouvant la création des lois contre les « crimes haineux » qui, en réalité, ne font rien pour protéger de manière concrète nos communautés.

Nous avons besoin de l’activisme en justice sociale pour souligner l’hypocrisie de celles et ceux qui auraient coopté nos identités. Il nous faut répliquer lorsque les corporations se vêtent des arc-en-ciels pour solliciter notre argent, tout en ne faisant rien pour essayer d’améliorer nos communautés de manière substantive. Cela étant dit, Christin Milloy s’adresse à ce phénomène dans sa lettre de démission de Fierté Toronto.

Nous avons besoin de l’activisme en justice sociale pour souligner le besoin critique de l’intersectionnalité. Comme a dit Kimberlé Crenshaw dans son discours « The Urgency of Intersectionality » à la conférence TED lorsqu’elle discutait des niveaux disproportionnels de violence policière que vivent les femmes Noires et le manque de couverture médiatique (citation en anglais) :

“These women’s names have slipped through our consciousness because there are no frames for us to see them, no frames for us to remember them, no frames for us to hold them. As a consequence, reporters don’t lead with them, policymakers don’t think about them, and politicians aren’t encouraged or demanded that they speak to them.”

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, nous avons besoin de l’activisme en justice sociale. De plus, j’aurais tendance à dire que, alors que nous nous trouvons dans une période d’incertitude politique, nous en avons besoin encore plus qu’avant. Nous avons besoin de nous assurer que nous travaillons ensemble dans l’esprit d’unité, coopération et de respect mutuel et ce, d’une manière beaucoup plus efficace qu’on ne fait présentement. Une partie intégrante de cet activisme devrait être d’apprendre et d’être en solidarité les un.e.s des autres.

Leave a Reply