Pourquoi je délaisse les réseaux sociaux

Avez-vous vu le récent documentaire de Netflix « Derrière nos écrans de fumée » ? Je ne veux pas vous le gâcher, mais un concept du film m’a vraiment marqué. Oui, les sites de médias sociaux sont gratuits parce que nous sommes le produit, mais c’est encore plus nuancé que ça : le produit est « le changement progressif, léger et imperceptible de votre propre comportement et de votre perception qui est le produit. C’est le seul produit possible ».

Je peux en voir les conséquences, autant dans ma vie professionnelle que personnelle. Un nombre surprenant de personnes qui viennent me voir dans mon bureau qui ont des problèmes d’anxiété et de dépression mentionnent qu’elles doivent prendre des pauses des réseaux sociaux et de lire les nouvelles parce que cela aggrave leurs problèmes d’anxiété à un point tel qu’elles ne se sentent pas capables de fonctionner. Elles parlent de la peur qu’elles ressentent chaque fois qu’elles reçoivent une notification push. Elles parlent de l’impact de ce barrage de mauvaises nouvelles, une nouvelle réalité qui a un impact non seulement sur la façon dont elles se perçoivent, mais aussi sur leur perception du monde dans lequel elles vivent. Elles mentionnent qu’elles se voient sombrer dans le désespoir parce qu’elles sont constamment entourées de négativité, de violence et de désespoir. Les personnes marginalisées qui viennent me voir disent la même chose, bien que leur expérience soit aussi aggravée par le fait de voir une autre personne comme eux être victime de formes structurelles ou interpersonnelles de violence et d’oppression.

Je constate également l’impact des médias sociaux sur l’estime de soi : les gens rafraîchissent constamment leur fils d’actualité après avoir posté un nouvel autoportrait pour obtenir le coup de la dopamine qui découle de chaque nouveau j’aime et de chaque nouveau commentaire. Nous cherchons une validation émotionnelle en partageant nos pensées et sentiments les plus intimes sur ces plateformes qui, quant à elles, n’ont aucun intérêt à ce que nous les recevions. Elles exploitent plutôt cette extrême vulnérabilité pour nous faire passer sous le nez une publicité pour un produit ou un service aléatoire. Pire encore, ces plateformes analysent toutes les facettes de notre comportement, s’attaquant à nos besoins intrinsèques d’amour, de validation et de communauté afin de faire du profit. Enfin, comme nous le constatons de plus en plus à l’approche des élections présidentielles étatsuniennes, ces plateformes sont utilisées comme outils de radicalisation par l’extrême-droite ; elles encouragent le tribalisme au détriment de la solidarité et contribuent à des cycles de violence politique qui nous laissent plus divisés que jamais.

Je ne suis qu’un être humain, et je ne suis pas exempté des influences de ces systèmes. Je ressens leur influence lorsque je prends mon téléphone dès que je me réveille et que je commence immédiatement à faire défiler mes flux. Je le ressens lorsque je poste un autoportrait sur mon compte personnel Instagram et je me trouve à le rafraîchir pour voir combien de j’aime et de commentaires que j’ai reçu. Je le ressens quand je pense que je n’ai pas posté depuis un certain temps, ou quand je pense qu’il est peut-être temps pour moi de mettre à jour ma photo de profil. Je le ressens lorsque ma peur d’abandon est déclenchée par le temps qu’un•e ami•e prend pour répondre à un de mes messages. Je le ressens lorsque je finis par taper ou cliquer sur une annonce ciblée.

De la façon dont ces plateformes m’influencent et influencent les gens autour de moi a été extrêmement déconcertant, alors j’ai décidé d’arrêter. J’ai donc décidé de désactiver mes comptes Facebook et Instagram professionnels et personnels, ainsi que mon compte Twitter. Je vais rester le plus longtemps possible sans les utiliser et je les supprimerai définitivement s’ils sont inactifs pendant au moins un an. J’espère que ce choix me permettra de cultiver des relations personnelles et professionnelles significatives grâce à des réseaux que moi je contrôle, et non des annonceurs. En plus de me donner beaucoup plus de temps libre, j’espère que ce choix me permettra de cultiver des amitiés et des relations significatives avec mes proches, ainsi que de développer mes réseaux professionnels dans le but de créer un changement social durable.

Je réfléchis à différentes stratégies que je peux utiliser pour partager mes réflexions de manière efficace, l’une d’entre elles étant ce nouveau blog. Je compte y partager mes réflexions sur l’actualité, les tendances que je constate dans ma pratique du travail social et les idées politiques. Si cela vous intéresse, je vous encourage à vous abonner à ce blog par courriel en utilisant la boîte à la fin de ce billet. J’aimerais également connaître vos pensées et vos idées et y participer par le biais des commentaires ci-dessous.

Cette période de grands bouleversements sociaux, économiques et politiques m’a encouragé à repenser radicalement ma façon d’interagir avec le monde. Cette décision est à la fois profondément personnelle et politique pour moi et j’espère qu’elle ne sera pas perçue comme un sermon ou un jugement par les personnes qui continuent à utiliser ces plateformes. Nous faisons tous ce que nous pouvons pour traverser cette période difficile, et nous avons souvent besoin de communiquer les uns avec les autres. J’espère simplement que nous pourrons nous regrouper pour créer des outils qui fonctionnent pour nous au lieu de nous exploiter.

Solidairement,

Vincent


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