Discrimination transantagoniste vécue par Ash Paré à l’Université de Montréal : Une réponse au courriel de Céline Bellot, directrice de l’École de travail social

Cette lettre est une réponse au courriel envoyé à l’École de travail social par Céline Bellot, directrice de l’École de travail social. Le texte intégral de son courriel se trouve à la fin de ce billet.

Si vous avez les moyens, je vous invite aussi à faire un don pour soutenir Ash Paré. Les fonds serviront entre autres à couvrir ses frais légaux.


Madame,

En tant qu’étudiant trans au sein de l’École de travail social dont le sujet de recherche porte partiellement sur la réalité des personnes trans et non-binaires au Québec, je vous écris pour exprimer ma profonde déception par rapport à ce message. 

Je suis une personne qui a un amour profond pour les valeurs de la profession du travail social : J’ai non seulement été impliqué au sein de plusieurs instances étudiantes au sein de l’École de travail social à l’Université McGill lors de mes études de baccalauréat, mais j’ai aussi été coprésident du Comité étudiant de l’ACFTS pour l’année 2018-2019. Mon travail dans le domaine de l’équité, la diversité et l’inclusion est bien connu au sein du secteur communautaire ici à Montréal et à travers le Canada. Elle a été récompensée par plusieurs bourses de renom, dont la Bourse d’études supérieures du Canada – Maîtrise Joseph-Armand-Bombardier et les Fonds de recherche du Québec – Société et culture. 

J’ai fait le choix d’étudier à l’Université de Montréal notamment parce que son engagement par rapport aux valeurs de la justice sociale et l’équité me paraissait évident dans les choix de cours et les prises de position de l’École de travail social. Cependant, les multiples expériences de discrimination systémique que j’ai dû subir depuis mon arrivée à l’UdeM l’automne dernier ainsi que le manque d’action concrète pour essayer de les remédier m’ont vite ramené à des vues plus réalistes.

Photo de Ash Paré.
Ash Paré (iel), étudians à l’École de travail social de l’Université de Montréal.

J’aimerais tout de même me considérer comme une personne débrouillarde et résiliente. Par exemple, c’était bien la situation de Ciel Ash Paré ainsi que cette réponse manipulatrice et trompeuse de votre part qui se servait de la goutte qui faisait déborder la vase. Comme vous savez, Ciel est an étudians non-binaire au sein de l’École de travail social qui, depuis son arrivée et son affirmation identitaire, vit des situations extrêmement traumatisantes et dévalorisantes de la part de ses camarades de classe. Iel m’avait parlaé et montraé des preuves de plusieurs situations où iel avait à subir des commentaires cissexistes, transantagonistes et  transmisogynes de la part de ses collègues. Il me paraît inconcevable qu’au lieu d’adresser la gravité des violences auxquelles iel a subi, on préfère ériger des barrières qui propagent l’oppression systémique vécue par des personnes trans et non-binaires au Québec. Nous savons que les personnes trans et non-binaires éprouvent des difficultés particulières à accéder à l’éducation postsecondaire, une réalité qui pour sa part a des impacts notamment sur les taux élevés de pauvreté, d’itinérance et de violence au sein de cette communauté. Il me paraît évident qu’au lieu de privilégier une approche punitive aux comportements de Ciel et de ses camarades de classe, une approche informée par les valeurs de l’équité et la justice réparatrice aurait pu être employée. 

Tout comme la bioéthicien·ne, juriste et militant·e transféminine Florence Ashley avait mentionné dans sa lettre ouverte, l’École de travail social a un devoir de « respecter l’identité de genre des élèves et d’offrir un environnement éducatif sain pour les groupes marginalisés ». Néanmoins, votre lettre met votre position au clair. Bourré de newspeak universitaire qui coopte une terminologie antioppressive pour ses propres fins, ce courriel confirme ce que l’on savait depuis le début de cette polémique : que l’École de travail social n’est clairement pas prête à entamer le processus difficile pour assurer la justice pour les personnes trans et non-binaires de sa communauté. En tant que personne trans moi-même, je suis profondément déçu.

Mais tout comme j’ai mentionné ci-haut, nous sommes des personnes débrouillardes et résilientes. Sachez que malgré votre courriel franchement insultant, les communautés trans et non-binaires de l’École de travail social et du Québec entier continueront à mobiliser pour que cette situation soit rectifiée. Nous ne céderons aucune place à des propos et des comportements oppressifs au sein de notre École ni au sein de notre profession qui a, je vous le rappelle, à cœur les valeurs de l’équité et de la justice sociale.

Bien à vous, 

Vincent Mousseau, BSW T.S. (iel avec accords masculins)
Candidat à la maîtrise
École de travail social, Université de Montréal


Courriel initial de Céline Bellot, directrice de l’École de travail social :

Bonjour tout le monde,

Je vous écris parce que plusieurs d’entre vous m’ont interpellée ces dernières semaines au sujet d’un climat d’études et de travail perturbé à l’École de travail social. Même si cette affaire s’est étalée depuis une semaine dans les médias sociaux, l’École ne peut pas commenter pour d’évidentes raisons liées au respect de la confidentialité. 

Toutefois, en ma qualité de directrice, je tiens à réitérer que l’École de travail social a à cœur la réussite étudiante et qu’elle soutient le développement professionnel de ses étudiants et étudiantes pour agir auprès des populations vulnérables de notre société. Cette mission s’accompagne d’un souci fort pour la protection du public tel que l’exigent les normes déontologiques de l’OTSTCFQ et nos normes d’agrément et de solidarité avec les populations et les communautés opprimées et discriminées. 

Pour bien satisfaire à ces normes, l’École travaille au quotidien pour créer un climat pédagogique inclusif et respectueux. Et elle le fait en suivant des principes bien établis : respect de l’Autre, dialogues constructifs en classe et en stage, règles déontologiques claires, respect des valeurs du travail social. En outre, comme le travail social ne fonctionne pas en vase clos et qu’il revêt une importante dimension publique, nous nous sommes dotés de balises entourant l’usage des médias sociaux

Bref, nous mettons tout en œuvre pour soutenir le développement des compétences professionnelles nécessaires à l’exercice de la profession. Y compris dans la matière même qui est enseignée. Au cours des dernières années, l’École a en effet intégré au corpus de certains cours de nombreux contenus pour mieux refléter les enjeux entourant les questions de discriminations et d’oppressions et mettre de l’avant des approches d’intervention critiques et anti-oppressives. Ainsi, des contenus obligatoires portant notamment sur le racisme systémique, les réalités des personnes trans et non binaires et les autres minorités sexuelles, les discriminations et les oppressions vécues par les personnes et les communautés autochtones sont maintenant intégrés dans différents plans-cadre, parfois à la demande même d’étudiants et étudiantes. 

Hors des salles de cours, l’École s’est également engagée en faveur de l’équité, de la diversité et de l’inclusion, en créant un comité sur l’antiracisme dont le mandat est de permettre aux étudiants et étudiantes aussi bien de rapporter des situations vécues que de participer ensemble à un dialogue constructif pour une école plus inclusive. 

Je vous invite tous et toutes à poursuivre ces démarches dans les cours, dans les comités existants, dans vos relations interpersonnelles et également sur les médias sociaux pour le bien-être de tous et toutes. Car il en va du respect des règles entourant notre formation et notre profession. 

Je vous rappelle que les liens sur les différentes règles, normes et politiques sont indiquées dans chacun de vos plans de cours et que vous pouvez les retrouver sur cette page de notre site Web. 

Céline Bellot
Directrice de l’École de travail social

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